Le mesh · Le mesh sans réseau · 04
Choisir son module Meshtastic
Trois briques, quatre fabricants, cinquante cartes. Comment s'y retrouver et lequel acheter selon ce que tu veux vraiment en faire.
C’est la question qui bloque tout le monde au départ, et pour une bonne raison : les listes de modules compatibles comptent des dizaines d’entrées aux noms interchangeables. T-Beam, T-Echo, WisBlock, LoRa 32, T114, T1000-E. Aucun de ces noms ne dit ce que fait la carte.
Il y a une logique derrière. La voici.
Pourquoi il y en a autant
Un module Meshtastic, c’est trois briques indépendantes assemblées par un fabricant qui n’a créé aucune des trois. Chaque combinaison donne une carte différente, et il y a beaucoup de combinaisons.
Brique 1 — la puce radio
C’est elle qui fait la radio. Elle vient toujours de Semtech.
| Famille | Génération | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
SX127x | Ancienne | Les premières puces LoRa. Fonctionnent, mais consomment plus et reçoivent moins bien. À éviter pour un achat neuf. |
SX126x | Actuelle | Meilleure sensibilité, consommation nettement réduite. Le choix recommandé par le projet. |
LR11xx | Récente | Ajoute une géolocalisation basse consommation par balayage Wi-Fi et GNSS. Sur les modèles haut de gamme. |
Si tu ne retiens qu’une chose de cet article : vérifie que c’est du SX126x ou mieux. Une carte SX1276 vendue neuve aujourd’hui est un stock qui s’écoule.
Brique 2 — le microcontrôleur
C’est le cerveau qui fait tourner le firmware. Ce choix décide surtout de l’autonomie, et c’est le vrai clivage du catalogue.
nRF52840 — très sobre. Un nœud tient des semaines sur batterie, ou vit indéfiniment sur un petit panneau solaire. Bluetooth uniquement, pas de Wi-Fi. C’est le choix des nœuds nomades et des relais isolés.
ESP32 / ESP32-S3 — plus gourmand, mais moins cher et doté du Wi-Fi. Idéal pour un nœud fixe alimenté sur secteur, ou pour qui veut une interface web. Sur batterie, compte en heures, pas en semaines.
RP2040 — le processeur du Raspberry Pi Pico, sur quelques cartes économiques. Marginal.
Brique 3 — tout le reste
Écran ou pas. GPS ou pas. Batterie intégrée ou pas. Boîtier étanche ou carte nue. Connecteur d’antenne SMA robuste ou u.FL fragile.
C’est cette troisième brique qui explique qu’une même combinaison puce + microcontrôleur existe en six variantes.
Les fabricants
| Fabricant | Cartes connues | Positionnement |
|---|---|---|
| Heltec | LoRa 32, Mesh Node T114 | Bon marché, très répandu, qualité inégale |
| LILYGO | T-Beam, T-Echo | Tout intégré : GPS, écran, batterie |
| RAK Wireless | WisBlock (RAK4631) | Modulaire et sérieux, base des nœuds fiables |
| Seeed Studio | Card Tracker T1000-E | Format carte de crédit, étanche, prêt à poser |
| B&Q Consulting | Station G2, Nano G2 Ultra | Haut de gamme, pensé pour le relais permanent |
Alors, lequel ?
Ne pars pas des caractéristiques. Pars de ce que tu veux faire.
Je découvre. Deux cartes ESP32 bon marché avec écran. Il en faut deux — un module seul ne fait rien, c’est comme acheter un téléphone quand personne d’autre n’en a. L’écran t’évitera de chercher pendant une heure pourquoi rien ne se passe.
Je le garde sur moi. nRF52 avec batterie et GPS. L’autonomie décide de tout : un nœud déchargé n’est plus un nœud.
Je veux un relais fixe. nRF52 alimenté au solaire, ou ESP32 sur secteur, avec une antenne extérieure. Investis dans la hauteur, pas dans la carte.
Je veux suivre un véhicule. Un tracker étanche prêt à poser, type T1000-E. Pas de boîtier à fabriquer, GPS intégré.
Le conseil qui vaut plus que tous les autres
Dépense sur l’antenne, pas sur la carte.
Une carte à 25 € avec une bonne antenne accordée sur 868 MHz, placée en hauteur, écrasera une carte à 80 € avec le fouet d’origine posé sur un bureau. La physique ne s’achète pas au niveau du microcontrôleur.
Et une règle absolue : n’alimente jamais un module sans antenne connectée. L’étage de puissance renvoie l’énergie dans la puce et la détruit. Visse l’antenne avant de brancher l’USB, à chaque fois, sans exception.
Un firmware unique pour toutes ces cartes
Question fréquente qui découle de tout ça : « quel est le firmware de mon module ? »
La réponse surprend : c’est le même pour tous. Meshtastic est un projet de firmware unique, compilé pour des dizaines de cibles. Le code qui gère le maillage, les canaux, les messages et la position est identique sur un Heltec à 25 € et sur une Station G2. Seule change la couche qui décrit la carte : quelle broche pilote l’écran, quel bus parle au GPS.
Le fabricant de ta carte ne fournit donc pas le firmware. Il fournit au mieux une démonstration d’usine, que tu remplaceras à la première mise à jour. Le firmware vient du projet, et se flashe depuis un navigateur.
Deux mots à ne pas confondre : flasher, c’est écrire le firmware dans la mémoire du module — l’équivalent d’installer un système d’exploitation. Configurer, c’est régler des paramètres dans un firmware déjà installé. On flashe rarement, on configure souvent.
La suite
Tu as tes modules. Prochain article : les régions, les fréquences et les presets — autrement dit, pourquoi deux modules posés côte à côte peuvent très bien ne jamais s’entendre.
D’où viennent ces informations
Les valeurs techniques de cet article sont vérifiées à la source. Quand une affirmation vient d’un relevé sur mon propre matériel, c’est indiqué — elle vaut pour ma configuration, pas forcément pour la tienne.
- Documentation officielleMatériel pris en charge — documentation Meshtastic — familles de cartes et recommandation SX126x
- Code sourcemodemPresetToParams — firmware Meshtastic
- Relevé personnelRelevé sur deux Heltec V4 — consommation et comportement observés sur mes modules